Éric Tremblay
La validité de prédiction en milieu
francophone de l'échelle de psychopathie de Hare
03-2192173

RÉSUMÉ

Au cours des 20 dernières années, l'Echelle de psychopathie de Hare (Hare Psychopathy Checklist) (Hare, 1980, 1985a, 1991) s'est imposée comme un instrument efficace pour établir un diagnostic de psychopathie. Plusieurs études ont démontré la fidélité et la validité de la version anglaise de l'instrument. Depuis quelques années, une version française est disponible. La fidélité de celle-ci ayant déjà été démontrée (Côté & Hodgins, 1990), la présente démarche tente de faire la preuve que l'instrument a une bonne validité de prédiction auprès d'une clientèle francophone québécoise. En fait, il apparaît important de vérifier si l'Échelle de psychopathie de Hare, administrée à une clientèle francophone, a une validité de prédiction comparable à celle obtenue par Hart, Kropp et Hare (1988) auprès d'une clientèle anglophone. Ainsi, l'hypothèse est que les individus ayant reçu une cote "élevée" sur l'Échelle de psychopathie (les psychopathes) ont une plus grande probabilité de commettre de nouveaux crimes pendant ou après leur libération conditionnelle que les sujets ayant une cote plus faible (cas dits mixtes et non-psychopathes). Enfin, la dernière hypothèse est que les psychopathes récidivent en commettant des crimes ayant une sévérité plus élevée que les autres. Il s'agit en somme de déterminer si l'Échelle de psychopathie de Hare prédit bien les comportements délictueux futurs.

Dans le cadre de cette recherche, l'échantillon de départ était composé de 106 hommes francophones, détenus dans des établissements fédéraux (pénitenciers), admissibles à une libération conditionnelle. Ceux-ci étaient répartis en trois groupes selon leur résultat à l'Échelle : non-psychopathes, mixtes ou psychopathes. La capacité de prédiction de l'Échelle était vérifiée par une analyse de survie quant à la possibilité de récidive criminelle des détenus libérés (sur une période de cinq ans). Cette analyse a démontré qu'il y a une différence significative entre les trois groupes (Wilcoxon (dl=2)=18.24, p<.001). Donc, la probabilité pour un sujet d'avoir été condamné pour un nouveau délit suite à sa libération conditionnelle, sur une période de cinq ans, est de 95.2% pour les psychopathes, de 82.4% pour les sujets du groupe mixte et de 43.8% pour les non-psychopathes. L'hypothèse portant sur la sévérité des crimes commis après la libération conditionnelle a été vérifiée à partir de deux échelles de sévérité : celle d'Akman et Normandeau (1966) et celle de Wolfgang, Figlio et Tracy (1985). La première échelle, celle dAkman et Normandeau, n'a pas démontré de différences statiquement significatives entre les trois groupes eu égard à la sévérité des crimes commis lors de la récidive (K-W (2,73) = 1.14, p= n.s.). De plus, il n'y a pas de différences statiquement significatives entre les trois groupes à la deuxième échelle de sévérité (K-W(2,73) = 1.84, p= n.s.).