Étude comparative des performances graphiques des enfants limites exposés et non exposés à la violence conjugale
Amélie Mathieu
03-2224944

RÉSUMÉ

La violence conjugale a de graves conséquences sur l'enfant qui y est exposé. Celui-ci verra souvent plusieurs sphères de sa vie en être affectées. Malgré cela, il demeure souvent silencieux, par crainte ou par honte, tentant de camoufler le mieux possible la situation de violence à laquelle sa mère et lui sont confrontés. En psychologie clinique, plusieurs instruments sont utilisés afin d'accéder aux conflits internes du sujet, c'est-à-dire à divers éléments qui généralement ne sont pas volontairement ou spontanément dévoilés directement; il s'agit des épreuves projectives, qui sont employées entre autres fins pour favoriser la communication entre le clinicien et son patient. Selon bon nombre de chercheurs et de cliniciens, le Dessin de la famille et le H.T.P. font partie des épreuves projectives les plus couramment utilisées en clinique infantile puisqu'à travers elles, l'enfant projette son vécu familial et les effets de ses propres traumatismes. Il semble, de plus, selon différents auteurs, que les enfants exposés à la violence conjugale fassent état de certaines caractéristiques communes dans leurs productions graphiques. L'objectif de cette étude est donc de comparer les productions graphiques d'enfants âgés entre 5 et 7 ans provenant d'un milieu familial violent avec celles d'enfants sans histoire apparente de violence quant à la présence de divers caractéristiques graphiques au Dessin de la famille de même qu'au H.T.P. L'hypothèse principale stipule qu'il y a un lien entre le fait d'avoir été exposé à la violence conjugale et chacune des caractéristiques graphiques mises à l'épreuve. L'hypothèse secondaire énonce que les productions graphiques des enfants exposés à la violence conjugale sont différentes de celles des enfants sans histoire apparente de violence quant à la fréquence d'utilisation (cumulée) des caractéristiques étudiées. Considérant que la production de recherche et les données cliniques sur le sujet conviennent que le développement affectif des enfants de foyer violent est, dans une certaine mesure, hypothéqué, le niveau de fonctionnement psychique de type anaclitique (limite) a été contrôlé. Pour vérifier les hypothèses, vingt-quatre enfants ayant été exposés à la violence conjugale ont été rencontrés. Afin de repérer les sujets à fonctionnement limite, l'épreuve du C.A.T. a été administrée et le récit d'un rêve a été demandé. Ces deux épreuves ont été soumises à l'analyse de deux juges qui ont procédé de manière indépendante. Finalement, le Dessin de la famille et le H.T.P ont été utilisés. Après l'analyse des protocoles, quinze enfants formaient le groupe expérimental. Leur performance aux deux épreuves graphiques a été comparée à celles de quinze enfants anaclitiques du même âge provenant d'une population d'enfants fréquentant la maternelle. L'hypothèse principale n'a été confirmée qu'à un seul niveau. Ainsi, seul le critère «omission d'un membre de la famille» est significativement relié au fait d'avoir été ou non exposé à la violence conjugale. Un autre critère s'avère relié à cette variable mais d'une manière opposée à ce que prévoyait l'hypothèse; il s'agit de l'évocation d'un « environnement défavorable ». Concernant l'hypothèse secondaire, la présente étude n'a pas dégagé une différence statistiquement significative entre les deux groupes d'enfants quant à la fréquence d'utilisation des caractéristiques retenues pour le Dessin de la famille, bien qu'une tendance à une relation entre les deux variables ait été perçue. Toutefois, une différence d'un degré statistiquement significatif s'est cependant dégagé au H.T.P. entre les deux groupes d'enfants anaclitiques (exposés à la violence conjugale versus non exposés), ce qui confirme en partie la deuxième hypothèse.

3 juillet 2001